Chronique·7 octobre 2026
Après Mireille ou l’archéologie d’un trauma
Robin Josserand
Autour de Après Mireille
Robin Josserand retrace la généalogie d’une blessure originelle: l’histoire de Mireille et Gaston, deux grands résistants détruits par leurs déportations. Une expérience douce-amère.
Dans ce nouveau texte, Robin Josserand nous propose une expérience douce-amère. Amère pour le sujet terrible sur lequel nous nous penchons, mais j’insiste sur douce car la pudeur et l’intelligence de son écriture nous mettent immédiatement dans une disposition de confidence, d’intimité. Un livre d’abord aux pourtours d’enquête, mais aussi d’une tentative, si ce n’est de réhabilitation du moins de compréhension de cette aïeule, épicentre d’une souffrance propagée.
L’auteur retrace la généalogie d’une blessure originelle. Pour ce faire il entreprend de retracer l’histoire terrible de Mireille et Gaston, deux grands résistants détruits par leurs déportations. Malheureusement Gaston mourra très peu de temps après sa libération tandis que Mireille à son retour se verra dans l’incapacité d’assurer son rôle de mère. Comment le pourrait-elle ? Robin remonte le parcours de la déportation de son aïeule décédée avant sa naissance, se rend sur les lieux de sa captivité et de l’exploitation de son corps comme esclave-ouvrière, se sachant chanceux d’appartenir à une génération sans guerre il va réussir à dresser un portrait moins sévère que son grand-père adoré Jean-Claude.
Pour nous lecteurs assidus, il est impossible de ne pas voir poindre cette multiplicité de romans, récits et autofictions d’une 3ème voire 4ème génération d’auteurs qui prennent la parole. Ce mouvement ne se vérifie d’ailleurs pas que chez les descendants de victimes du Nazisme. Un même schéma mortifère semble s’appliquer à chaque fois. Une mécanique du Mal implacable qui intime premièrement les victimes directes au silence. Est-il possible de raconter l’indicible ? Voilà arrivé le règne de l’aphasie et du secret. Le poison est inoculé il va pouvoir se répandre insidieusement.
Puis vient cette génération de la Rupture, consciente d’être porteuse de maux, le trauma en héritage. Le Mal n’a jamais cessé de dévorer, d’abîmer, tapi dans l’ombre des non-dits et des gènes.
Ne voyez-vous pas la mer qui se retire, le chant des animaux qui cesse, le silence qui gronde et la nuit aveuglante qui s’annonce ?
Nous ne pourrons pas dire que nous n’étions pas prévenus.
