Essai·par Patrick Bray·25 juin 2026
La littérature, une vraie IA (intelligence artistique)
Les critiques de l’intelligence artificielle se sont trompés de cible. Un texte écrit ou oral est par sa nature… artificiel. Le langage ne relève pas du domaine de la biologie, ou même de l’individu, mais de la culture—il est construit, collectif et artificiel. Le langage ne nous appartient pas. Cependant, en écrivant de la littérature, nous parvenons à faire une certaine violence au langage qui l’arrache de son contexte, ce qui permet ensuite la création d’un nouvel objet, à son tour artificiel. Mais l’artificiel littéraire s’avoue comme tel en dévoilant l’artifice de tout énoncé.
Les critiques de l’intelligence artificielle se sont trompés de cible. Un texte écrit ou oral est par sa nature… artificiel. Le langage ne relève pas du domaine de la biologie, ou même de l’individu, mais de la culture—il est construit, collectif et artificiel. Le langage ne nous appartient pas. Cependant, en écrivant de la littérature, nous parvenons à faire une certaine violence au langage qui l’arrache de son contexte, ce qui permet ensuite la création d’un nouvel objet, à son tour artificiel. Mais l’artificiel littéraire s’avoue comme tel en dévoilant l’artifice de tout énoncé.
La littérature surprend par sa poésie (du grec ancien, poieîn, « faire » ou « créer »), sa façon de recombiner les mots et les rythmes pour fabriquer un sens inattendu et parfois inconscient. La littérature est donc un savoir de la recombinaison, de la juxtaposition, de l’artifice linguistique et narratif. Elle est une forme d’intelligence, car elle rend possible une nouvelle compréhension du monde qui relie des perceptions hétéroclites et insolites (inter + legere, « entre » + « cueillir », « rassembler »). L’intelligence de la littérature n’a rien à voir avec ce qu’on appelle, par erreur, l’intelligence artificielle. Les LLM (grand modèle de langage) génère des simulations de langage humain selon des algorithmes entrainés sur d’immenses bases de données. Un LLM ne fait que prédire le mot suivant selon la probabilité, c’est-à-dire en choisissant un mot ou une combinaison de mots qui a déjà existé en quelque forme. L’IA des LLM ne peut pas nous surprendre, son algorithme ne le permet pas.
L’ennui qu’on ressent à lire les textes écrits par les LLM est la meilleure preuve que ceux-ci n’arrivent pas à faire concurrence avec la littérature. Au contraire, cette IA supposée serait l’anéantissement de la vraie IA, l’intelligence artistique qu’est la littérature. L’IA des LLM renforce la standardisation du langage en appuyant sur le consensus politique. Le plaisir de l’écriture, ainsi que de la lecture, c’est la possibilité de rompre avec un langage prévisible et aplati, à la recherche d’autres intelligences, d’autres horizons.
