Chronique·par Nicolas Becard·12 octobre 2026

Les Carnivores, de Guillaume Nail

Guillaume Nail

Autour de Les Carnivores

Les épidémies font rage, les animaux sont bannis, l’hygiénisme règne. Le deuxième roman de Guillaume Nail, fable prophétique et véritable électrochoc, ne laisse aucune chance à l’amour.

Les Carnivores, de Guillaume Nail

Panique, les épidémies font rage, les humains se meurent, des coupables tout trouvés, les animaux. Abattages massifs, interdiction formelle des animaux de compagnie, une vie végétale prohibée, l’hygiénisme tyrannique comme espoir. C’est dans cet enfer que nous plonge le deuxième roman de Guillaume Nail. Deux protagonistes, tous deux intimement épris de la Nature et des animaux, l’un par un amour sincère l’autre par un besoin vorace.

Augustin vit une enfance idyllique à la campagne, entouré de parents aimants et d’animaux choyés. Ce havre de paix illégal se voit anéanti par une énième vague épidémique. Le jeune garçon, dramatiquement orphelin, n’aura d’autres choix que de se fondre dans ce nouveau monde de plastique qui se profile.

Vadim boulimique de chair, masculiniste invétéré, lubrique et violent voit poindre de son poste de travail les grandes décisions coercitives étatiques. Il décide de fuir la ville avant sa mise sous vide et de créer un éden à l’abri du monde sans manquer de recruter des âmes aussi désespérées et creuses que la sienne. Au programme orgies dignes de bacchanales antiques, buffets gargantuesques mais aussi la sueur, le sang et la fureur.

Lorsqu’Emad surgit dans la vie d’Augustin, ce dernier se voit pour la première fois brûlé par le désir et la promesse d’un ailleurs. Il ne lui en faut pas plus pour fuir sa prison aseptisée qu’est devenue sa vie. Il franchit le mur, se plonge dans la nature interdite, sauvage et souveraine. Folie. A l’article de la mort, la roue du destin ne le mènera pas à l’amour promis mais directement dans l’antre du sanguinaire Vadim. Dans une langue tantôt poétique tantôt corrosive, ce texte gorgé de fluides corporels, de pulsions et d’hérésie ne laisse aucune chance à l’amour. Véritable électrochoc, cette fable prophétique est un cri du cœur.

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